Koblet, le James Dean suisse

Hugo KobletQu’est-ce qu’un héros suisse? Je me posais la question en regardant vendredi soir sur la Piazza Grande de Locarno le film de Daniel von Aarburg “Hugo Koblet, pédaleur de charme”. Le héros suisse, c’est bien sûr Guillaume Tell, risquant la vie de son fils pour lutter contre les Habsbourgs, c’est Winkelried, même s’il ne connaît pas la même notoriété inernationale, sacrifiant sa vie pour forcer l’issue d’une bataille.

Des personnages dont la légende a nourri et cimenté l’imaginaire collectif suisse qui en avait bien besoin tant il est vrai qu’il est difficile de faire une nation avec des confetti d’Etats. En tous cas des personnages dont la vie romancée convient bien aux valeurs “suisses” de rigueur, de précision, d’engagement collectif voire de sacrifice.

Rien de tout cela chez Koblet. L’homme est est un hédoniste qui n’aime pas trop s’entraîner, se goinfre de pâtisseries (sa maman tenait une boulangerie) et qui court les filles. Mais il respire le talent et gagne le Giro en 1950 et le Tour de France en 1951. Sa vie professionnelle et sentimentale ne se finit pas bien, il meurt dans un accident de la route à 39 ans, certains pensant même qu’il s’est suicidé.

Une mort violente qui transforme la vie en destin comme on dit parfois. Une sorte de James Dean suisse. Peu importe que la légende là aussi ait déjà tissé son voile romantique, ce qui est remarquable, c’est la célébration nouvelle de la star si peu suisse au fond, réussissant sans travailler, dépensier, volage mais si généreux, charmant, bon camarade et amoureux de la vie.  

Le film est déjà promis au succès. Je ne sais pas s’il faut y voir une nouvelle période dans notre “imaginaire collectif”, une dilution de la tant saluée rigueur helvétique ou simplement le clin d’oeil d’un cinéaste qui a beaucoup d’humour et de talent et une vision de la Suisse un peu décalée. Ceux qui verront le film se régaleront du contraste avec Ferdi Kübler, autre champion suisse du vélo de ces années-là, revendiquant avec une franchise touchante l’entraînement acharné, les cols escaladés en série, la souffrance même et qui voyait souvent ce diable de Koblet lui passer devant!

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2 réponses à Koblet, le James Dean suisse

  1. Bonjour,
    Pour compléter votre fine observation des différences entre nos héros nationaux du 19e siècle et la figure d’Hugo Koblett, Yves Bizeul, historien, note à propos de la figure de Luther et de son traitement au fil des différentes commémorations protestantes en Allemagne, qu’

    il faut bien voir que l’humanisation des anciens héros et la reconnaissance de leurs faiblesses peuvent être des stratégies payantes dans une haute modernité qui vénère moins le «surhomme» goéthéen et nietschéen que l’homme en recherche, traversé de doutes, mais aussi capable de grandeur.

    Autrement j’espère que ce premier article de votre part en annonce d’autres. Manière de vous encourager modestement à poursuivre. Cordialement.

    Référence: Bizeul Y. (2010). Le Huguenot résistant et Luther, le colosse aux pieds d’argile. In Cottret B. & Henneton L. (dir). Du bon usage des commémorations. Histoire, mémoire et identité XVIe-XXIe siècle. Rennes: Presses universitaires, p. 67

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